La revue Al-Sham explore le rôle de l’art dans la justice transitionnelle

La revue Al-Sham explore le rôle de l’art dans la justice transitionnelle

Dans son dernier numéro double, la revue Al-Sham, publiée par le ministère syrien de la Culture, aborde plusieurs dossiers intellectuels et culturels au cœur de l’actualité syrienne. La publication met l’accent sur le rôle de la littérature, de l’art et de l’archivage dans la sauvegarde de la mémoire nationale et la promotion des processus de justice transitionnelle, tout en proposant des réflexions critiques sur les liens entre culture, citoyenneté et rôle des femmes.

Dans le volet consacré à la « justice transitionnelle », le chercheur Fadel Abdul Ghany, directeur exécutif du Réseau syrien des droits de l’homme, souligne que cette culture ne se limite pas aux aspects juridiques, mais constitue un pilier social garantissant la pérennité de la reconnaissance des droits. Cette idée est renforcée par le Dr Mohamed Kheir Moussa, superviseur intellectuel à la fondation « Fanar », qui soutient que l’ingénierie culturelle et la préservation de la mémoire de la douleur sont les clés de la paix civile, appelant à l’élaboration d’un plan culturel national complet.

Concernant la documentation, la chercheuse Lababa Al-Hawari estime que la littérature confère une dimension humaine aux récits, complétant ainsi les archives officielles. Le journaliste d’investigation Wissam Shahla insiste, pour sa part, sur la nécessité de transformer les archives numériques syriennes en supports culturels et pédagogiques interactifs pour les nouvelles générations, afin de dépasser le stade de la connaissance juridique abstraite vers une reconnaissance sociale globale.

La revue consacre également un espace aux arts plastiques. L’artiste Asaad Farzat y présente le rôle de l’art dans la documentation visuelle de la tragédie syrienne, considérant ces œuvres comme un témoignage historique qui contribue à incarner la souffrance humaine et à préserver la mémoire des victimes dans l’espace public.

Par ailleurs, le numéro (4-5), intitulé « Tribalisme : approches culturelles et sociales et lecture des mutations », explore le rôle des composantes tribales dans le contexte syrien. Le romancier Islam Abu Shukeir propose de transformer les « mudafas » (lieux de rassemblement tribaux) en salons intellectuels favorisant la citoyenneté. La professeure de littérature arabe moderne, Shahla Al-Ojeili, analyse quant à elle l’efficacité des femmes dans la région de Raqqa et de la vallée de l’Euphrate, invitant à une relecture de leurs rôles dans les structures sociales locales.

Enfin, le numéro propose des recherches sur la place du tribalisme dans l’histoire et la politique syriennes, ainsi que des interventions critiques sur le drame syrien. Le journaliste Hassan Abdullah Al-Khalaf appelle à s’éloigner des stéréotypes dans la représentation télévisuelle de la région de l’Euphrate, afin de refléter la diversité et l’interdépendance entre les milieux urbain et rural. Ces pistes s’inscrivent dans une démarche plus large de la revue visant à lier la création artistique aux questions d’identité, de justice et de transformations sociales en Syrie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *