Ammar al-Amir : la littérature syrienne, miroir de la mémoire des lieux

L’écrivain Ammar al-Amir explore dans son œuvre une relation profonde et dialectique entre l’auteur et le lieu. Dans ses textes, la géographie devient un espace actif et un personnage principal qui observe les transformations profondes vécues par la Syrie ces dernières années. M. al-Amir estime que les villes syriennes, à commencer par Idleb, sa ville natale où il a passé sa jeunesse, portent en elles une mémoire collective riche qu’il convient de protéger de l’oubli.
Abordant sa vision créative, l’écrivain souligne qu’Idleb n’est pas seulement une zone géographique, mais une archive de la révolution syrienne ainsi que de son patrimoine humain et social. À travers ses œuvres narratives, telles que « L’Espionne des anges » (Jassousat al-Mala’ika) et « Le Lecteur de cicatrices » (Qari’ al-Noudoub), Ammar al-Amir cherche à transformer la douleur en textes littéraires qui préservent l’histoire et redonnent vie à l’espoir. Il considère que la mission fondamentale de la littérature réside dans la transmission de la vérité et l’ajout d’une dimension humaine aux événements historiques qui ont marqué la conscience publique.
Concernant la diversité de ses formes littéraires, l’auteur explique que « le pouls de l’idée » est le moteur principal du choix du قالب (format) littéraire. La très courte nouvelle est pour lui un éclair qui exige une grande densité, tandis que la nouvelle classique offre un espace propice au récit et aux détails. Dans le domaine de la littérature jeunesse, son prix au concours mondial Al-Tayeb Salih en 2022 a renforcé sa responsabilité envers les nouvelles générations. Il s’efforce d’écrire dans une langue pure, capable de reconstruire l’espoir et de rendre les rêves possibles malgré la dureté des circonstances.
L’activité d’Ammar al-Amir ne se limite pas à la création littéraire ; elle s’étend à la recherche sur le patrimoine immatériel du gouvernorat d’Idleb. Il est convaincu que la préservation de ce patrimoine passe par une documentation vivante et la transmission de la mémoire aux générations futures, en tant qu’élément identitaire protégeant la spécificité culturelle de la disparition. Cet engagement s’est traduit par sa participation à diverses initiatives culturelles, telles que le « Salon littéraire d’Ebla » et le « Forum culturel Khayzaran », qui ont œuvré à dynamiser la vie culturelle à Idleb par des activités artistiques et théâtrales.
Sur le plan du paysage culturel actuel, l’écrivain a insisté sur l’importance des échanges culturels entre les régions syriennes. Il a cité le succès du festival « Porte du Soleil » à Damas comme un modèle favorisant la communication entre les Syriens et le dépassement des distances. Il a par ailleurs appelé à soutenir le secteur de l’édition en Syrie, à créer des fonds permanents pour accompagner les jeunes auteurs et à offrir de véritables tribunes leur permettant de faire entendre leurs voix. Il a souligné que le mouvement culturel nécessite des efforts institutionnels continus pour assurer la présence de la création syrienne sur la scène locale et arabe.
Enfin, Ammar al-Amir conclut que son adhésion à l’Union des écrivains arabes représente le recouvrement d’un droit professionnel longtemps attendu, exprimant son espoir que l’Union puisse accueillir les jeunes talents et élargir les espaces de participation culturelle. Pour lui, l’écriture demeure l’expression suprême de la souffrance humaine, et la liberté reste l’axe central sur lequel repose sa vision littéraire face aux défis du présent et de l’avenir.
Source : Syria Focus en arabe
