Mustapha Najjar : un demi-siècle au service de la calligraphie arabe

Le paysage culturel syrien est marqué par la trajectoire singulière du calligraphe Mustapha Mohamed Najjar, dont l’œuvre s’étend sur plus d’un demi-siècle. Originaire de Hama, cet artiste a consacré sa vie à l’art du trait, évoluant entre sa ville natale, Damas et Médine. Son parcours témoigne d’une recherche constante de spécificité stylistique et d’un engagement profond envers cet art ancestral.
L’intérêt de Mustapha Najjar pour la calligraphie a germé durant sa jeunesse, alors qu’il observait des étudiants fabriquer leurs propres instruments d’écriture à partir de roseaux. Inspiré par cette observation, il a réalisé ses premiers outils à partir de pinces à linge en bois. Cette curiosité initiale a rapidement évolué vers une discipline rigoureuse.
Le maître calligraphe a été formé au contact de figures marquantes de cet art. Le regretté Abdul Rahman al-Fakhoury a été l’un des premiers à influencer son approche, l’aidant à transformer sa passion en une pratique maîtrisée grâce à un guidage technique constant. À Damas, sa rencontre avec l’artiste Jamal Boustan a agi comme un puissant stimulant, Najjar se fixant alors l’objectif exigeant de dépasser son mentor. Plus tard, sa collaboration avec le calligraphe Mahmoud al-Houari entre 1972 et 1979 lui a permis d’intégrer des dimensions plus commerciales et professionnelles, telles que la réalisation de plaques et la gravure sur cuivre, des étapes cruciales pour l’affinement de sa technique.
Bien que pratiquant divers styles, Mustapha Najjar manifeste une prédilection pour le style « taliq », influencé par le maître Badawi al-Dirani. Refusant l’idée que ce style soit dénaturé, il a développé sa propre signature artistique qu’il nomme le « Taliq damascène ». Cette volonté d’innovation l’a conduit à participer à de nombreux salons internationaux, de la Chine à l’Allemagne, en passant par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. En 2015, il a été distingué par le premier prix de calligraphie « Nasta’liq » lors d’un concours organisé à l’université islamique de Médine, une reconnaissance qu’il perçoit comme l’aboutissement de ses efforts.
Parmi ses projets d’envergure, l’écriture complète du Coran en calligraphie « naskh » occupe une place centrale. Débuté en 2009 après une longue période de préparation, ce travail minutieux a atteint près de 570 pages avant que les événements en Syrie ne le contraignent à l’exil, interrompant le processus de finalisation et d’impression. Par ailleurs, Najjar a su lier son art à une pratique sportive intensive, ayant été champion de culturisme pendant cinq ans. Il souligne que ces deux disciplines exigent les mêmes qualités : rigueur, patience, précision et concentration.
Face aux évolutions numériques, le calligraphe reste optimiste quant à la pérennité de son art. Il insiste toutefois sur le fait que le recours à l’outil informatique ne doit pas se substituer à la formation manuelle, estimant que seule la pratique directe permet d’atteindre l’authenticité et la capacité d’innovation. Pour lui, la calligraphie est un acte spirituel qui reflète l’âme de l’artiste : « Le trait qui naît de l’émotion est la personnalité de l’homme sur le papier. »
