L’écho de Palmyre à la Biennale de Venise : l’art syrien revisite la mémoire

Dans une démarche visant à renforcer le rayonnement culturel syrien sur la scène internationale, le pavillon national syrien participe à la 61e édition de la Biennale de Venise avec un projet artistique innovant intitulé « Le tombeau tour de Palmyre », signé par l’artiste Sara Shamma. Cette initiative s’inscrit dans la vision du ministère syrien de la Culture, qui aspire à restaurer le rôle de la Syrie en tant que partenaire actif dans la création artistique et intellectuelle, marquant une transition de la phase de reconstruction à la production d’un impact culturel mondial.
L’installation offre une expérience visuelle et sensorielle immersive au sein d’une structure grandeur nature reproduisant la forme des tours funéraires palmyréniennes. Utilisant une combinaison de peinture, d’architecture, de son, de lumière et de parfums, l’œuvre se concentre sur des portraits grand format de visages inspirés par les figures historiques de Palmyre, mais dotés de traits contemporains. Cette approche crée une rencontre artistique entre une mémoire historique millénaire et l’expérience humaine actuelle. L’exposition, située dans la cour de l’université IUAV à Venise, se poursuivra jusqu’au 22 novembre prochain.
Le ministre de la Culture, Mohamed Yassin al-Saleh, a souligné que cette participation syrienne à un événement mondial reflète une stratégie intégrée de diplomatie culturelle, menée en parallèle des efforts diplomatiques officiels. Il a rappelé que la Syrie, carrefour historique des civilisations et espace de création, cherche aujourd’hui à présenter son héritage vivant à travers l’art contemporain, affirmant que les nouvelles générations syriennes possèdent la capacité de transformer la mémoire en une énergie tournée vers l’avenir.
De son côté, Waseem Abdel Hamid, commissaire du pavillon et directeur des Beaux-Arts, a précisé que le choix d’un projet unique et d’une voix artistique singulière visait à garantir une unité de vision visuelle et intellectuelle, loin d’une approche purement documentaire ou figée du patrimoine. Il a souligné que Palmyre a été choisie comme une référence symbolique contenant les traces de civilisations successives, invitant le public à réfléchir aux destructions et pillages subis par l’héritage syrien, et sur la manière dont l’art peut protéger cette mémoire et la réintégrer dans le dialogue culturel mondial.
Le pavillon syrien a suscité un vif intérêt parmi les élites culturelles et les médias internationaux. La presse mondiale a mis en avant les aspects sensoriels de l’expérience, la collaboration d’experts syriens dans la réalisation de l’œuvre, ainsi que sa valeur en tant que message diplomatique permettant aux artistes syriens d’aborder les questions esthétiques majeures de leur époque.
Dans le cadre des perspectives d’après-Biennale, le ministère de la Culture a dévoilé une stratégie ambitieuse visant à transformer cette participation en pierre angulaire d’un long parcours de partenariats internationaux. Waseem Abdel Hamid a annoncé la préparation du lancement du « Biennale syrienne de l’art contemporain », conçue comme une plateforme nationale, périodique et institutionnelle, visant à soutenir les créateurs syriens et à établir des canaux de coopération durables avec les musées et centres d’art mondiaux, afin de garantir une présence pérenne de l’art syrien sur la scène culturelle internationale.
